Aller au menu principal Aller au contenu principal

SCIENCE ET CONSCIENCE : Vivons-nous une épidémie de santé mentale ou de perte de sens ?

SCIENCE ET CONSCIENCE : Vivons-nous une épidémie de santé mentale ou de perte de sens ?

Chaque année, des millions de personnes consultent un thérapeute, s'inscrivent à un programme de développement personnel ou entament une pratique spirituelle. Et la plupart le font avec une conviction profonde, souvent inconsciente : quelque chose en moi ne fonctionne pas correctement et je dois le réparer.

Philippe Brouillard

C'est cette conviction que je veux remettre ici en question. Non pas la souffrance, qui, elle, est bien réelle; non pas le besoin d'accompagnement, qui lui est légitime, mais la prémisse elle-même. Y a-t-il vraiment « quelque chose » à réparer?

La fuite comme réponse universelle

Le philosophe J. Krishnamurti observait que, face à la souffrance, la plupart des gens cherchent avant tout un soulagement immédiat. Ils veulent se mettre à l'abri de cette douleur et pour cela ils trouvent toutes sortes de moyens : la religion, l'excitation, les distractions et les nombreuses avenues que nous avons créées pour nous protéger de cet inconfort intérieur.

Ce que Krishnamurti pointait, c'est que la thérapie, la méditation, et même les pratiques spirituelles peuvent devenir, dans certains cas, des formes d'évasion sophistiquées. Non pas parce qu'elles sont mauvaises, mais parce qu'elles partent d’une même croyance : je souffre, je cherche une sortie. Et tant qu’on demeure dans cette croyance, on ne change pas vraiment de niveau. Alors on change d'outil…

Le paradoxe que personne ne nomme

Voici ce que presque personne ne remarque. Beaucoup de personnes, par exemple celles qui lisent cette revue, croient sincèrement que tout est Un, que la Vie est interconnectée, que nous faisons partie d'un Tout. Et pourtant, elles consultent un thérapeute pour « réparer » quelque chose en elles, évitent certaines émotions parce qu'elles sont dites négatives et cherchent à éliminer ce qu’elles jugent « mauvais » dans leur vie.

Croire à l'Unité tout en vivant dans la dualité, c'est un paradoxe silencieux, un paradoxe qui, à lui seul, génère une souffrance que ni la thérapie ni la méditation ne peuvent résoudre, parce qu'elles partent elles aussi de la même prémisse : il y a quelque chose à réparer.

Dans un vrai paradigme d'Unité, un évènement douloureux n'est pas négatif. Il n'est pas positif non plus. C’est simplement une expérience dans un processus d'évolution. Retirer le jugement que l’on porte sur l'évènement, c'est retirer le problème lui-même, car il n’y a rien à réparer.

Version intégrale du texte dans le numéro où est paru cet article

Plus d'articles