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Dossier : Ma mission de vie? Faire du bien! Rencontre avec Chantal Lacroix

Dossier : Ma mission de vie? Faire du bien! Rencontre avec Chantal Lacroix

« Quand on pense au milieu dans lequel j’ai grandi, aux valeurs de respect et d’entraide dans lesquelles j’ai vécu, depuis toute jeune j’ai été sensibilisée à l’importance de « faire du bien ». Et là, à 8 ans, je réalisais à quel point le fait d’être populaire pouvait rendre les gens heureux! Mon désir n’était donc pas nécessairement de devenir animatrice, c'était plutôt de devenir populaire pour pouvoir me servir de cette tribune-là pour aider encore plus et créer encore plus de bonheur. » Chantal Lacroix


Lucie Douville


Quand on regarde l'état du monde dans lequel on vit présentement, ce n’est pas vraiment réjouissant. Au niveau de la société, on sent une forme de désenchantement, de résignation face aux décisions politiques, économiques, une situation qui vient impacter notre vie tant personnelle, émotionnelle que spirituelle. Mais… tout n’est pas perdu!

Ensemble nous pouvons toutes et tous apporter des changements positifs dans nos vies, nous pouvons transformer ce déclin en tremplin. Mais si on remet toujours ces changements à plus tard, un jour il sera trop tard. C’est donc maintenant ou jamais!

Et soyez sans crainte…
Vous n’aurez aucune montagne à gravir pour réussir… Non! À l’image du colibri, ce sont les petits gestes de votre quotidien qui, additionnés les uns aux autres, vont vous permettre de passer de l’inaction à l’action, de la fragilité à la stabilité, du désespoir au courage, de la tristesse à la joie d’exister.

Mais par où commencer?
Pour nous accompagner dans cette réflexion, Chantal Lacroix a gentiment accepté notre invitation. Comme elle le dit en souriant : « Quand j’étais toute petite, je crois que je suis tombée dans la marmite de la bonté… » Et c’est pourquoi, depuis toujours, elle a consacré sa vie à mettre au monde des projets qui ont tous un même et ultime objectif : faire du bien. L’équation est simple : quand on se sent bien dans sa peau, on devient contagieux et c’est cette contagion qu’elle veut propager vers l’infini, et plus loin encore!

Chantal, tu as eu la chance d'avoir des parents exceptionnels qui ont toujours été là pour te soutenir face aux défis que tu rencontrais. Quelle ont-ils laissée dans ta vie?
Du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours eu le désir d'aider. Comme j’étais enfant unique, mes parents m'avaient fait comprendre qu’il arrive parfois que les enfants uniques soient un peu égoïstes, car ils ne sont pas habitués de partager. Ma mère étant sensible à cette réalité, elle me disait qu’il fallait que j’apprenne à partager, à donner.

Mon père était chef syndicaliste et combien de fois j'ai vu arriver à la maison des grévistes qui avaient perdu leur emploi et qui avaient besoin d’aide. J'ai donc vite compris qu'ensemble, on va plus loin; j’ai compris l’importance de la force du groupe, la force de l'entraide; l’importance d'être là les uns pour les autres.

Déjà, toute jeune, tu voulais devenir une animatrice. Te souviens-tu pourquoi tu avais ce rêve?
En fait, je ne voulais pas nécessairement devenir animatrice, je voulais faire de la télé. Lorsque j’étais jeune, j’ai fait plusieurs otites sévères, dont une qui a perforé le tympan de mon oreille du côté droit. J’ai donc dû être hospitalisée et lors de cette hospitalisation, j’ai vu arriver les joueurs du Canadien de Montréal à l’étage des enfants. C’est la folie furieuse! Tout le monde veut se faire photographier avec eux. Moi, je ne suis absolument pas une fan de hockey, mais je vois tout le bonheur que suscite chez les enfants le simple fait de prendre une photo avec un joueur de hockey.

Et là, dans ma tête, ça a fait son p’tit bonhomme de chemin. Je me suis dit : « Imagine si j’étais populaire… Je pourrais peut-être procurer autant de bonheur aux enfants que ces joueurs d'hockey! »

Avec un tympan perforé, tu as perdu l’audition de ton oreille droite, ce qui est venu affecter ta prononciation. Un jour, tu rencontres l’orienteur de l’école avec qui tu partages ton rêve de faire de la télé. Aussitôt, il te dit d’oublier ton rêve en raison du problème de prononciation. Comment ta mère a-t-elle réagi?
Ma mère m’a dit : « C’est ça ton rêve, ma fille? Alors on va te payer des cours de prononciation et de diction. On va se serrer la ceinture et on va y arriver. Mais tu vas me faire une promesse. Tu vas me promettre de bannir le mot impossible de ton vocabulaire pour le reste de ta vie! »

Encore aujourd’hui, je fais tout pour ne pas prononcer ce mot-là! Je vais parfois dire : « C’est possible, mais ça va être difficile… ». Mais je ne dis pas le mot impossible parce que je suis effectivement devenue animatrice et que j’ai réussi à vivre de mon métier.

Qu'est-ce qui s’est imprimé en toi?
J’ai compris que nous sommes les seules personnes capables de nous imposer des limites. Si tu crois que ce n’est pas possible, comment veux-tu que ça le devienne? À partir de ce moment-là, j’ai compris que tout est possible pourvu que je le veuille réellement, pourvu que c'est ce que mon cœur veut, que c’est en lien avec mes valeurs et que ça résonne en moi. À partir de là, tout est possible!

Tu as toi-même rencontré des épreuves dans ta vie. Laquelle a été la plus difficile à traverser?
Toutes mes épreuves m'ont amené quelque part ailleurs, toujours vers du meilleur. À chaque épreuve, j'essaye de voir le positif, même si ce n’est pas toujours facile. J’accepte aussi que l'épreuve que je vis va inévitablement susciter des changements et je ne dois pas résister à ces changements-là. Car trop souvent, ce qui est difficile, ce n’est pas le changement en lui-même, mais notre résistance à ce changement.

LE CADEAU CACHÉ DANS L’ÉPREUVE

Alors l’épreuve la plus difficile de ma vie, c’est l’incendie qui a détruit ma maison. Pourquoi j’ai trouvé ça difficile? Parce que ça impliquait ma fille. Et pourtant, elle a vécu cette épreuve avec une facilité déconcertante.

J’avais déjà vécu de grosses épreuves, comme par exemple la faillite de TQS à un 1 300 000$ qui a fait en sorte que j’ai dû vendre ma maison et repartir à neuf, mais cette épreuve ne concernait que moi. Je n’avais pas ma fille à l’époque.

L'incendie, lui, impliquait ma fille. Elle a vécu ce traumatisme qui a laissé des séquelles, mais elle a réussi à bien les surmonter. C’est quand même difficile d’avoir perdu tous mes souvenirs, toutes les photos de quand j’étais jeune, celles avec mes parents… Mais bon, j’ai mes souvenirs dans mon cœur. 

Quel apprentissage t’a « permis » de vivre cette épreuve?
En fait, cette épreuve m’a montré une fois de plus que je suis capable de passer au travers. J’aurai beau me retrouver un genou par terre, j’aurai toujours l’autre pied pour me relever. Ça ne m’a pas démolie, c’est venu me confirmer que l'attitude que j'ai choisi d’adopter dans la vie me permettait de voir le positif ici aussi : on est encore vivantes! On aurait pu y laisser nos vies. Le feu s’était quand même déclenché sous la chambre de ma fille…

C’est cette attitude qui m’a permis de passer au travers. Et qu'est-ce qui est ressorti de tout ça, quel a été le plus grand cadeau? C’est que pour la deuxième moitié de ma vie, j’ai choisi de développer ma spiritualité. Avant, je n'étais pas là du tout.

Ça ne te disait rien?
Je ne suis pas une fille spirituelle. Je suis une rationnelle. Tu veux quelque chose dans la vie, travailles… Est-ce qu'il y a quelque chose de plus grand que nous? Je ne sais pas. Maman y croyait, papa non. Mon père disait que les églises devraient servir à accueillir les sans-abris. J’ai donc grandi entre deux modes de pensée différents. C’est ce qui fait en sorte que la spiritualité ou l’idée de demander à quelqu'un de plus grand que moi, je n’étais pas là.

Mais face à ce que j’ai vécu durant l’incendie, le fait que je me sois réveillée à 5 :30 alors que je me réveille toujours à 6 :30; le fait que j’ai eu l’idée d’aller fermer une fenêtre et que c’est grâce à ça que j’ai pu voir le feu, car je n’avais absolument rien entendu, ça, ça m’a interpellée.

C’est comme si tu avais été « guidée »?
Moi, la rationnelle, ça m’a fait réfléchir. Et il y a aussi l'incident de la boîte de ma fille… Quand la maison a brulé, c’était une perte totale. Ma fille et moi on était dehors, à l'écart, on regardait la maison brûler, et là un pompier vient nous voir pour savoir si on avait besoin d’aide. Et là ma fille répond : « Oh non, ma mère a tellement d'amis! ».

QUELQU’UN VEILLE SUR NOUS

Il nous demande ensuite si on a notre téléphone pour qu’il puisse nous appeler et voir si tout va bien. Mais je suis sortie tellement vite que je l'ai laissé dans la maison. Il nous demande alors où il pourrait être et s’il y aurait des choses qu’on aimerait qu’il tente de récupérer. Je lui demande de retrouver mon ordinateur, ma vie est là-dedans! Et ma fille lui demande de trouver son IPAD où elle a tous ses jeux, les contacts de toutes ses amies… Alors il part.

En le regardant partir, je me dis : « Il y a une chose que je vais regretter d'avoir perdue dans cet incendie-là et c'est une boîte en carton qui contenait le CD d'adoption de ma fille et ses vêtements d'adoption. » Pour moi, ça, c'était irremplaçable, tu comprends? C’est la seule chose que je regretterais

Il revient. Non seulement il y a mon iPhone, mon ordinateur et le l'iPad de ma fille, mais il y a aussi la boîte! Et là, j’ai les yeux pleins d’eau et je lui demande : « Mais pourquoi me rapportez-vous cette boite-là? Je ne vous l’avais pas demandé! » Et là il me dit : « Cette boite était dans la chambre de ta fille. Sa chambre est une perte totale. C’est une boite en carton, elle aurait dû brûler. Il y avait de la suie tout autour, mais la boite, elle, était intacte… Il y a quelque chose qui m'a dit qu'il fallait que je te l’apporte. »

Je me suis dit : « OK… Il y a quelqu'un qui veillait sur nous. » Et c'est là où j’ai décidé que, pour la deuxième moitié de ma vie, j’allais développer ma spiritualité. Alors si tu me demandes le plus beau cadeau que m’a apporté cet incendie-là, c'est ça!

Version intégrale du texte dans le numéro où est paru cet article

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