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Rêver ses 100 ans! Rencontre avec Antonine Maillet

Rêver ses 100 ans! Rencontre avec Antonine Maillet

Toute petite, Antonine Maillet rêvait de devenir écrivaine. C'était un rêve osé pour un petit bout de femme née en pleine crise économique, au sein d'une Acadie que le monde n'avait jamais célébrée jusqu'alors. Quelque cinquante ouvrages et de nombreuses distinctions plus tard, celle qui a donné naissance à la Sagouine et à Pélagie-la-charrette compte écrire jusqu'à la fin de ses jours. Selon elle, l'expression artistique est l'énergie renouvelable par excellence, dont tous les humains ont besoin pour vivre heureux et longtemps.
Par Marie-Josée Tardif, journaliste et auteure

Avez-vous peur de la vieillesse? Si vous êtes de ceux qui vivent leur vie à 100 à l'heure, avez-vous déjà pris le temps d'imaginer votre existence jusqu'à 100 ans? J'ai toujours pressenti que si je n'osais pas imaginer ma vie et suivre le chemin tracé par mes rêves, quelque chose se dessècherait bien vite en moi. Mais là où la grande Antonine Maillet m'attendait dans le détour, c'est lorsqu'elle m'a fait réaliser que, sans m'en rendre compte, j'avais stoppé la vision de mon futur quelque part autour de 65 ans. Cette fameuse convention de « l'âge de la retraite » s'était insinuée en moi, m'empêchant d'entrevoir le meilleur jusqu'au jour de mon départ. Quelle étrange barrière mentale avais-je placée là? À force de voir toutes ces images de vieillards entassés dans des foyers, souffrant dans leur corps et surtout dans leur âme, avais-je succombé à la tentation de ne pas vouloir envisager mon avenir lointain, de peur d'en arriver là moi aussi?

Quand j'ai pris place dans le salon de sa belle grande maison et que je me suis laissé bercer par ses paroles, Antonine Maillet a délicatement entrouvert une porte en moi : la porte de tous les possibles. Avec ses mots d'une grande sagesse et son regard bleu ciel où l'on a envie de se baigner, la lauréate du Prix Goncourt m'a inspirée à bien vieillir et à osez rêver grand jusqu'au bout.

Je ne sais pas votre âge, madame Maillet, mais j'aimerais savoir comment vous vous sentez par rapport à la vieillesse. Est-ce que vieillir vous dérange?
Je suis née en 1929. Vous ferez le calcul! J'aime surtout dire que j'ai quatre fois vingt ans. Quatre fois la jeunesse qui s'est prise en main et qui s'est ressourcée.

J'ai aimé les vieux et toute ma vie je me suis inspirée d'eux dans mes uvres. En passant, je préfère le terme « vieux » aux expressions « âge d'or » ou « 3e âge »; on parle même maintenant du « 4e âge » Paradoxalement, je n'arrive pas à me sentir vieille. Pour moi, les chiffres ne veulent rien dire. Je ne m'associe jamais aux statistiques. Selon les statistiques, l'Acadie et les francophones hors Québec sont condamnés à mort, mais je ne me sens pas morte! On peut tous aspirer à une sorte de jeunesse éternelle. Beaucoup de jeunes ont vieilli prématurément, alors que bien des vieux restent jeunes parce qu'ils ont conservé la capacité de désirer, de rêver, de s'émerveiller, de revoir chaque matin le monde avec un regard neuf.

La vie : une énergie constamment renouvelable

C'est si beau et pourtant, tant de gens ont peur de vieillir. Pourquoi, selon vous?
Les humains vivent maintenant avec la philosophie du « now, now ». Il est vrai que nous devons nous concentrer sur l'instant présent, mais le présent se situe au point de rencontre entre le passé et l'avenir. Si on rejette le passé et qu'on ne veut plus bâtir l'avenir, il y a un problème. Le monde a évolué très vite et on retrouve beaucoup d'incertitude chez une certaine jeunesse. Parce que le passé n'a pas de valeur pour eux, ils se dissocient des anciens et voient l'avenir comme une menace. Pensons à tous les gadgets d'aujourd'hui. Ils ne sont plus fabriqués pour durer. Notre mode de vie dépend de matières non renouvelables comme le pétrole, l'or ou le charbon. On pourrait pourtant miser sur l'eau, le vent, le soleil Dans chaque personne, il y a une énergie constamment renouvelable. Cette énergie, c'est la vie. Cependant, nous faisons trop souvent l'erreur de laisser cette énergie s'épuiser.

Plus j'écris, plus j'ai besoin d'écrire. L'inspiration de l'artiste ne peut jamais s'épuiser. L'art existait déjà du temps des hommes des cavernes. Neuf siècles avant Jésus-Christ, Homère composait de la poésie. Il a écrit sur la Guerre de Troie, mais cette histoire circulait elle-même depuis des milliers d'années. Le récit de cette guerre a été transmis de génération en génération; il a traversé l'existence de sept cités grecques qui se sont succédé les unes aux autres! De tout temps, l'humain a eu besoin de l'art.

Vous croyez que ce besoin n'est pas seulement réservé à ceux qui ont des talents d'artiste?
Tout le monde est concerné. Il y a celui qui peint et il y a celui qui reçoit en contemplant l'uvre. Quand je lis un livre, j'entre dans l'histoire, je vis ce qui est raconté. Le lecteur a besoin de l'écrivain et l'écrivain a besoin du lecteur pour que l'art puisse exister. D'ailleurs, le dernier mot de l'histoire appartient toujours au lecteur.

Oser rêver grand

Comment entrevoyez-vous vos prochaines années?
Je vais vous confier quelque chose. Quand j'étais enfant, une voisine m'avait expliqué que lorsqu'on atteint l'âge de son jour de naissance, on a le droit de faire un vu. Comme je suis né un 10 mai, j'ai fait mon vu le jour de mes 10 ans. La voisine m'a alors bien prévenue : « On peut faire ce vu seulement une fois dans notre vie, alors sois sûre de choisir quelque chose que tu apprécieras encore à 40 ans! » À cette époque, mes 40 ans me paraissaient tellement loin! J'ai tout de même fait le vu que lorsque j'aurais 40 ans, je reviendrais dans mon village après avoir écrit une belle histoire sur mon pays et que les gens me feraient une grande fête. Eh bien à 50 ans, j'ai été fêtée dans mon village pour avoir écrit Pélagie-la-charrette.

On dit que grâce aux progrès réalisés dans le domaine de la santé, nous avons maintenant 15 ans de moins que l'âge d'avant. Actuellement, je me dis qu'un jour, j'aurai 100 ans et que je peux avoir confiance jusqu'au bout. Comme on sait tous qu'on va vieillir et mourir, alors préparons-nous en disant : « Lorsque je serai rendu là, je serai très bien. »

Je n'envie pas toujours les jeunes. J'ai encore l'esprit de mes 20 ans, mais sans les doutes, les peurs et les misères qu'on endure à cet âge-là. J'ai tellement le goût de dire aux jeunes : « N'ayez pas peur! Rêvez grand et je vous jure que votre vie va finir par ressembler à vos rêves. Faites confiance à la mer, elle vous portera. » Picasso a peint jusqu'à la fin, soit à 92 ans. J'ai aussi entendu parler d'un cinéaste portugais qui continue de réaliser des films à l'âge de 101 ans! Pourquoi ne pas rêver? Rêvez grand et le physique s'ajustera à vos passions.

Intégrale de l'article dans la parution de JUILLET 2012.

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Toute petite, Antonine Maillet rêvait de devenir écrivaine. C'était un rêve osé pour un petit bout de femme née en pleine crise économique, au sein d'une Acadie que le monde n'avait jamais célébrée jusqu'alors. Quelque cinquante ouvrages et de nombreuses distinctions plus tard, celle qui a donné naissance à la Sagouine et à Pélagie-la-charrette compte écrire jusqu'à la fin de ses jours. Selon elle, l'expression artistique est l'énergie renouvelable par excellence, dont tous les humains ont besoin pour vivre heureux et longtemps.
Par Marie-Josée Tardif, journaliste et auteure

Avez-vous peur de la vieillesse? Si vous êtes de ceux qui vivent leur vie à 100 à l'heure, avez-vous déjà pris le temps d'imaginer votre existence jusqu'à 100 ans? J'ai toujours pressenti que si je n'osais pas imaginer ma vie et suivre le chemin tracé par mes rêves, quelque chose se dessècherait bien vite en moi. Mais là où la grande Antonine Maillet m'attendait dans le détour, c'est lorsqu'elle m'a fait réaliser que, sans m'en rendre compte, j'avais stoppé la vision de mon futur quelque part autour de 65 ans. Cette fameuse convention de « l'âge de la retraite » s'était insinuée en moi, m'empêchant d'entrevoir le meilleur jusqu'au jour de mon départ. Quelle étrange barrière mentale avais-je placée là? À force de voir toutes ces images de vieillards entassés dans des foyers, souffrant dans leur corps et surtout dans leur âme, avais-je succombé à la tentation de ne pas vouloir envisager mon avenir lointain, de peur d'en arriver là moi aussi?

Quand j'ai pris place dans le salon de sa belle grande maison et que je me suis laissé bercer par ses paroles, Antonine Maillet a délicatement entrouvert une porte en moi : la porte de tous les possibles. Avec ses mots d'une grande sagesse et son regard bleu ciel où l'on a envie de se baigner, la lauréate du Prix Goncourt m'a inspirée à bien vieillir et à osez rêver grand jusqu'au bout.

Je ne sais pas votre âge, madame Maillet, mais j'aimerais savoir comment vous vous sentez par rapport à la vieillesse. Est-ce que vieillir vous dérange?
Je suis née en 1929. Vous ferez le calcul! J'aime surtout dire que j'ai quatre fois vingt ans. Quatre fois la jeunesse qui s'est prise en main et qui s'est ressourcée.

J'ai aimé les vieux et toute ma vie je me suis inspirée d'eux dans mes uvres. En passant, je préfère le terme « vieux » aux expressions « âge d'or » ou « 3e âge »; on parle même maintenant du « 4e âge » Paradoxalement, je n'arrive pas à me sentir vieille. Pour moi, les chiffres ne veulent rien dire. Je ne m'associe jamais aux statistiques. Selon les statistiques, l'Acadie et les francophones hors Québec sont condamnés à mort, mais je ne me sens pas morte! On peut tous aspirer à une sorte de jeunesse éternelle. Beaucoup de jeunes ont vieilli prématurément, alors que bien des vieux restent jeunes parce qu'ils ont conservé la capacité de désirer, de rêver, de s'émerveiller, de revoir chaque matin le monde avec un regard neuf.

La vie : une énergie constamment renouvelable

C'est si beau et pourtant, tant de gens ont peur de vieillir. Pourquoi, selon vous?
Les humains vivent maintenant avec la philosophie du « now, now ». Il est vrai que nous devons nous concentrer sur l'instant présent, mais le présent se situe au point de rencontre entre le passé et l'avenir. Si on rejette le passé et qu'on ne veut plus bâtir l'avenir, il y a un problème. Le monde a évolué très vite et on retrouve beaucoup d'incertitude chez une certaine jeunesse. Parce que le passé n'a pas de valeur pour eux, ils se dissocient des anciens et voient l'avenir comme une menace. Pensons à tous les gadgets d'aujourd'hui. Ils ne sont plus fabriqués pour durer. Notre mode de vie dépend de matières non renouvelables comme le pétrole, l'or ou le charbon. On pourrait pourtant miser sur l'eau, le vent, le soleil Dans chaque personne, il y a une énergie constamment renouvelable. Cette énergie, c'est la vie. Cependant, nous faisons trop souvent l'erreur de laisser cette énergie s'épuiser.

Plus j'écris, plus j'ai besoin d'écrire. L'inspiration de l'artiste ne peut jamais s'épuiser. L'art existait déjà du temps des hommes des cavernes. Neuf siècles avant Jésus-Christ, Homère composait de la poésie. Il a écrit sur la Guerre de Troie, mais cette histoire circulait elle-même depuis des milliers d'années. Le récit de cette guerre a été transmis de génération en génération; il a traversé l'existence de sept cités grecques qui se sont succédé les unes aux autres! De tout temps, l'humain a eu besoin de l'art.

Vous croyez que ce besoin n'est pas seulement réservé à ceux qui ont des talents d'artiste?
Tout le monde est concerné. Il y a celui qui peint et il y a celui qui reçoit en contemplant l'uvre. Quand je lis un livre, j'entre dans l'histoire, je vis ce qui est raconté. Le lecteur a besoin de l'écrivain et l'écrivain a besoin du lecteur pour que l'art puisse exister. D'ailleurs, le dernier mot de l'histoire appartient toujours au lecteur.

Oser rêver grand

Comment entrevoyez-vous vos prochaines années?
Je vais vous confier quelque chose. Quand j'étais enfant, une voisine m'avait expliqué que lorsqu'on atteint l'âge de son jour de naissance, on a le droit de faire un vu. Comme je suis né un 10 mai, j'ai fait mon vu le jour de mes 10 ans. La voisine m'a alors bien prévenue : « On peut faire ce vu seulement une fois dans notre vie, alors sois sûre de choisir quelque chose que tu apprécieras encore à 40 ans! » À cette époque, mes 40 ans me paraissaient tellement loin! J'ai tout de même fait le vu que lorsque j'aurais 40 ans, je reviendrais dans mon village après avoir écrit une belle histoire sur mon pays et que les gens me feraient une grande fête. Eh bien à 50 ans, j'ai été fêtée dans mon village pour avoir écrit Pélagie-la-charrette.

On dit que grâce aux progrès réalisés dans le domaine de la santé, nous avons maintenant 15 ans de moins que l'âge d'avant. Actuellement, je me dis qu'un jour, j'aurai 100 ans et que je peux avoir confiance jusqu'au bout. Comme on sait tous qu'on va vieillir et mourir, alors préparons-nous en disant : « Lorsque je serai rendu là, je serai très bien. »

Je n'envie pas toujours les jeunes. J'ai encore l'esprit de mes 20 ans, mais sans les doutes, les peurs et les misères qu'on endure à cet âge-là. J'ai tellement le goût de dire aux jeunes : « N'ayez pas peur! Rêvez grand et je vous jure que votre vie va finir par ressembler à vos rêves. Faites confiance à la mer, elle vous portera. » Picasso a peint jusqu'à la fin, soit à 92 ans. J'ai aussi entendu parler d'un cinéaste portugais qui continue de réaliser des films à l'âge de 101 ans! Pourquoi ne pas rêver? Rêvez grand et le physique s'ajustera à vos passions.

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Toute petite, Antonine Maillet rêvait de devenir écrivaine. C'était un rêve osé pour un petit bout de femme née en pleine crise économique, au sein d'une Acadie que le monde n'avait jamais célébrée jusqu'alors. Quelque cinquante ouvrages et de nombreuses distinctions plus tard, celle qui a donné naissance à la Sagouine et à Pélagie-la-charrette compte écrire jusqu'à la fin de ses jours. Selon elle, l'expression artistique est l'énergie renouvelable par excellence, dont tous les humains ont besoin pour vivre heureux et longtemps.
Par Marie-Josée Tardif, journaliste et auteure

Avez-vous peur de la vieillesse? Si vous êtes de ceux qui vivent leur vie à 100 à l'heure, avez-vous déjà pris le temps d'imaginer votre existence jusqu'à 100 ans? J'ai toujours pressenti que si je n'osais pas imaginer ma vie et suivre le chemin tracé par mes rêves, quelque chose se dessècherait bien vite en moi. Mais là où la grande Antonine Maillet m'attendait dans le détour, c'est lorsqu'elle m'a fait réaliser que, sans m'en rendre compte, j'avais stoppé la vision de mon futur quelque part autour de 65 ans. Cette fameuse convention de « l'âge de la retraite » s'était insinuée en moi, m'empêchant d'entrevoir le meilleur jusqu'au jour de mon départ. Quelle étrange barrière mentale avais-je placée là? À force de voir toutes ces images de vieillards entassés dans des foyers, souffrant dans leur corps et surtout dans leur âme, avais-je succombé à la tentation de ne pas vouloir envisager mon avenir lointain, de peur d'en arriver là moi aussi?

Quand j'ai pris place dans le salon de sa belle grande maison et que je me suis laissé bercer par ses paroles, Antonine Maillet a délicatement entrouvert une porte en moi : la porte de tous les possibles. Avec ses mots d'une grande sagesse et son regard bleu ciel où l'on a envie de se baigner, la lauréate du Prix Goncourt m'a inspirée à bien vieillir et à osez rêver grand jusqu'au bout.

Je ne sais pas votre âge, madame Maillet, mais j'aimerais savoir comment vous vous sentez par rapport à la vieillesse. Est-ce que vieillir vous dérange?
Je suis née en 1929. Vous ferez le calcul! J'aime surtout dire que j'ai quatre fois vingt ans. Quatre fois la jeunesse qui s'est prise en main et qui s'est ressourcée.

J'ai aimé les vieux et toute ma vie je me suis inspirée d'eux dans mes uvres. En passant, je préfère le terme « vieux » aux expressions « âge d'or » ou « 3e âge »; on parle même maintenant du « 4e âge » Paradoxalement, je n'arrive pas à me sentir vieille. Pour moi, les chiffres ne veulent rien dire. Je ne m'associe jamais aux statistiques. Selon les statistiques, l'Acadie et les francophones hors Québec sont condamnés à mort, mais je ne me sens pas morte! On peut tous aspirer à une sorte de jeunesse éternelle. Beaucoup de jeunes ont vieilli prématurément, alors que bien des vieux restent jeunes parce qu'ils ont conservé la capacité de désirer, de rêver, de s'émerveiller, de revoir chaque matin le monde avec un regard neuf.

La vie : une énergie constamment renouvelable

C'est si beau et pourtant, tant de gens ont peur de vieillir. Pourquoi, selon vous?
Les humains vivent maintenant avec la philosophie du « now, now ». Il est vrai que nous devons nous concentrer sur l'instant présent, mais le présent se situe au point de rencontre entre le passé et l'avenir. Si on rejette le passé et qu'on ne veut plus bâtir l'avenir, il y a un problème. Le monde a évolué très vite et on retrouve beaucoup d'incertitude chez une certaine jeunesse. Parce que le passé n'a pas de valeur pour eux, ils se dissocient des anciens et voient l'avenir comme une menace. Pensons à tous les gadgets d'aujourd'hui. Ils ne sont plus fabriqués pour durer. Notre mode de vie dépend de matières non renouvelables comme le pétrole, l'or ou le charbon. On pourrait pourtant miser sur l'eau, le vent, le soleil Dans chaque personne, il y a une énergie constamment renouvelable. Cette énergie, c'est la vie. Cependant, nous faisons trop souvent l'erreur de laisser cette énergie s'épuiser.

Plus j'écris, plus j'ai besoin d'écrire. L'inspiration de l'artiste ne peut jamais s'épuiser. L'art existait déjà du temps des hommes des cavernes. Neuf siècles avant Jésus-Christ, Homère composait de la poésie. Il a écrit sur la Guerre de Troie, mais cette histoire circulait elle-même depuis des milliers d'années. Le récit de cette guerre a été transmis de génération en génération; il a traversé l'existence de sept cités grecques qui se sont succédé les unes aux autres! De tout temps, l'humain a eu besoin de l'art.

Vous croyez que ce besoin n'est pas seulement réservé à ceux qui ont des talents d'artiste?
Tout le monde est concerné. Il y a celui qui peint et il y a celui qui reçoit en contemplant l'uvre. Quand je lis un livre, j'entre dans l'histoire, je vis ce qui est raconté. Le lecteur a besoin de l'écrivain et l'écrivain a besoin du lecteur pour que l'art puisse exister. D'ailleurs, le dernier mot de l'histoire appartient toujours au lecteur.

Oser rêver grand

Comment entrevoyez-vous vos prochaines années?
Je vais vous confier quelque chose. Quand j'étais enfant, une voisine m'avait expliqué que lorsqu'on atteint l'âge de son jour de naissance, on a le droit de faire un vu. Comme je suis né un 10 mai, j'ai fait mon vu le jour de mes 10 ans. La voisine m'a alors bien prévenue : « On peut faire ce vu seulement une fois dans notre vie, alors sois sûre de choisir quelque chose que tu apprécieras encore à 40 ans! » À cette époque, mes 40 ans me paraissaient tellement loin! J'ai tout de même fait le vu que lorsque j'aurais 40 ans, je reviendrais dans mon village après avoir écrit une belle histoire sur mon pays et que les gens me feraient une grande fête. Eh bien à 50 ans, j'ai été fêtée dans mon village pour avoir écrit Pélagie-la-charrette.

On dit que grâce aux progrès réalisés dans le domaine de la santé, nous avons maintenant 15 ans de moins que l'âge d'avant. Actuellement, je me dis qu'un jour, j'aurai 100 ans et que je peux avoir confiance jusqu'au bout. Comme on sait tous qu'on va vieillir et mourir, alors préparons-nous en disant : « Lorsque je serai rendu là, je serai très bien. »

Je n'envie pas toujours les jeunes. J'ai encore l'esprit de mes 20 ans, mais sans les doutes, les peurs et les misères qu'on endure à cet âge-là. J'ai tellement le goût de dire aux jeunes : « N'ayez pas peur! Rêvez grand et je vous jure que votre vie va finir par ressembler à vos rêves. Faites confiance à la mer, elle vous portera. » Picasso a peint jusqu'à la fin, soit à 92 ans. J'ai aussi entendu parler d'un cinéaste portugais qui continue de réaliser des films à l'âge de 101 ans! Pourquoi ne pas rêver? Rêvez grand et le physique s'ajustera à vos passions.

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Auteur : Catherine Dumonteil-Kremer

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