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LES ENFANTS - Rencontre avec Yves Duteil

LES ENFANTS - Rencontre avec Yves Duteil

Bienveillance et générosité dans un monde rabougri

Prendre un enfant par la main, pour lui montrer son chemin
Sécher ses larmes en étouffant de joie. Prendre un enfant dans ses bras...

Celui qui a écrit ces célèbres paroles a sûrement été touché par la Grâce en les couchant sur le papier. Ces mots nous percutent encore plus fort lorsqu'ils passent par la voix de son auteur : le grand troubadour français Yves Duteil. Quand Yves Duteil chante, quelque chose passe, mais quoi? Humblement et en toute simplicité, c'est lui-même qui nous donnera des pistes de réponses : derrière la voix du chanteur, se pourrait-il que nous percevions de la tendresse, de la douceur et même, de la bienveillance?

En tout cas, je vous l'assure, lire l'interview qui suit n'est pas tout à fait comme de l'entendre de nos propres oreilles. Lorsque je réécoute la voix de ce grand auteur-compositeur-interprète sur mon magnétophone, je comprends mieux pourquoi je suis ressortie de chez lui portée par le moment de scintillements vécu à ses côtés. L'espace d'une heure où il me fut permis d'entrer dans sa maison, Yves Duteil m'a touchée. C'était au printemps. Le soleil brillait sur le petit village de Précy-sur-Marne, à l'est de Paris, village sur lequel il veille lui-même en tant que maire depuis plusieurs années. Car malgré le cynisme qui gagne le monde de nos jours, Yves Duteil est de ceux qui croient en la générosité et en l'idée de prêcher par l'exemple pour l'avenir de nos enfants.
   
Derrière les réponses qui vont suivre, je vous invite donc à imaginer la voix d'Yves Duteil, claire et limpide comme un ruisseau printanier, sereine et affectueuse comme celle du beau grand-père qu'il est devenu. Ainsi, peut-être serez-vous à votre tour touché par le doux scintillement de la bienveillance.

Prendre un enfant a été nommée plus belle chanson du siècle, lors d'un sondage réalisé en 1988. Ce n'est pas rien! Comment met-on au monde un tel joyau?
J'ai écrit cette chanson pour ma fille. L'écriture fut un élan d'amour. Or, le plus étonnant dans cette chanson, ce n'est pas l'écriture, mais bien ce qui a suivi. Ce qui a peut-être touché le public, c'est qu'il s'agit d'une chanson de tendresse de la part d'un homme à l'égard d'un enfant. Les hommes n'ont pas forcément l'habitude de s'exprimer de cette façon. La chanson a touché, parce qu'elle est totalement authentique. C'est un élan tout simple, où tout le monde s'est reconnu et l'a interprété à sa façon. C'est la chanson d'un père pour son enfant; la chanson de ceux qui n'en ont pas et qui en attendent un. C'est la chanson de ceux qui en adoptent; de ceux qui en ont perdu un. C'est aussi la chanson du baptême et ensuite, elle est devenue la chanson de la révolte contre la maltraitance des enfants. Il s'agit d'une histoire extraordinaire qui n'en finit plus de rebondir et de renaître. Certains ont du mal à la comprendre, car je pense qu'il y a chez les hommes une très grande pudeur. Montrer sa tendresse et ses sentiments de cette façon, ce n'est pas simple pour plusieurs hommes qui préfèrent afficher leur virilité. Je suis militant de la douceur assumée qui est une force intime. Ceux qui n'expriment pas ce sentiment éprouvent une grande frustration dans leur vie.

Prendre un enfant est une chanson que je protège énormément en évitant qu'elle soit récupérée par de la publicité, pour des causes, des thèmes politiques ou autres. Cela aurait pu dénaturer le propos. Si cette chanson était entrée simplement dans les palmarès, elle ne serait plus là aujourd'hui. Elle a plutôt fait son chemin dans les chorales, les églises, les cérémonies familiales et dans la vie des gens. J'ai cette impression confuse que Prendre un enfant fera partie des chansons connues, mais dont on aura oublié l'auteur un jour. Qui est l'auteur de J'ai du bon tabac, de Mon ami Pierrot ou de Meunier tu dors? Personne ne sait qui les a écrites; pourtant elles continuent à circuler dans le cur des gens.

Aujourd'hui, vous êtes grand-père. Quand vous repensez à votre vie de père, y a-t-il des choses que vous auriez voulu faire différemment?
Je pense qu'on apprend autant de ses erreurs que de ses réussites. Il est même très important de vivre des échecs ou des erreurs, parce que cela permet de les éviter par la suite. Je crois que le principe de la vie, c'est de ne pas savoir ce qui nous attend. Notre existence est parsemée de tellement d'épreuves, de douleurs, de malheurs, qu'on aurait trop peur! Nous serions trop conscients des dangers qui nous guettent; nous passerions notre temps à prendre des précautions qui nous immobiliseraient. Il vaut mieux être un peu ignorant des dangers qui nous attendent. Cela nous permet ensuite de les dépasser et de réaliser l'impossible.

Je n'ai pas de regrets. Je crois plutôt qu'on accumule une expérience irremplaçable, laquelle permet d'appréhender le présent avec beaucoup plus de calme et de recul. Ainsi, on peut donner une orientation à ceux qui viennent après. Ce qui m'émerveille dans l'existence, c'est que la vie a trouvé le moyen de vieillir en rajeunissant. Prenons l'exemple d'un arbre. L'arbre pousse tout en donnant naissance à des fruits plus jeunes que lui. Nous, nous vieillissons, tout en donnant naissance à des êtres plus jeunes. Donc, la vie se perpétue en rajeunissant sans cesse. Ce principe est l'inverse du principe d'immortalité. Si nous étions immortels, nous serions de vieux ronchons acariâtres qui connaissent tous les travers de l'humanité et qui n'ont plus qu'à s'en offusquer ou s'en révolter. L'ignorance des côtés tordus de l'humanité fait qu'on espère et que parfois, on se transforme.

Les jeunes auprès de nous sont certainement plus turbulents et moins contrôlables. Nous les comprenons mal parce que leur façon de regarder le monde n'est pas la même que la nôtre. On n'a pas fabriqué des copies ou des clones; on a fabriqué des êtres à part entière, mus par leur propre nature. J'ai écrit une chanson là-dessus : Si j'étais ton chemin. Je crois que c'est la réflexion d'aujourd'hui. Arriver à ne pas trop diriger, mais à être présent. Dans la vie, il y a des précipices et des ravins. À un moment donné, on peut mettre la main, juste pour empêcher qu'ils tombent. Cela dit, il y a peut-être aussi des moments où il faut qu'ils tombent. Sinon, le jour où il y aura un grand danger, ils vont tomber pour de bon et de façon très grave.

Accepter que se tromper fasse partie du chemin
Et pour apprendre, il faut accepter de ne pas savoir. C'est une chose très difficile. Celui qui sait tout ne peut rien apprendre; il n'y a pas la place en lui pour recevoir. À cet égard, je pense qu'on est en train de changer notre regard sur l'école. Toujours sanctionner les erreurs finit par stériliser le chemin. On se dit : « Je n'ai pas le droit de faire d'erreurs, donc je vais les camoufler. Alors à mes propres yeux, je ne me serai jamais trompé. » Je crois que ce n'est pas forcément un chemin qui permet d'apprendre.

En France, plusieurs jeunes adultes disent avoir été bercés par vos chansons durant leur enfance. Il y a eu bien sûr l'incroyable succès de Prendre un enfant et maintenant, vous voici à la tête d'une association caritative vouée aux enfants. On aurait pu croire à une succession de choix de votre part, mais je réalise que le hasard vous a toujours conduit sur cette voie.
Les choses ne viennent pas toujours comme on se dit qu'elle devrait être! C'est assez étrange de voir que les enfants viennent à moi sans que je l'aie prémédité. C'est comme ça et c'est très bien. Je suis toujours très touché de cet amour des enfants pour mes chansons. Elles n'ont pas été écrites pour eux; elles ne sont pas infantiles ou enfantines.

par Marie-Josée Tardif, journaliste et auteure

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Bienveillance et générosité dans un monde rabougri

Prendre un enfant par la main, pour lui montrer son chemin
Sécher ses larmes en étouffant de joie. Prendre un enfant dans ses bras...

Celui qui a écrit ces célèbres paroles a sûrement été touché par la Grâce en les couchant sur le papier. Ces mots nous percutent encore plus fort lorsqu'ils passent par la voix de son auteur : le grand troubadour français Yves Duteil. Quand Yves Duteil chante, quelque chose passe, mais quoi? Humblement et en toute simplicité, c'est lui-même qui nous donnera des pistes de réponses : derrière la voix du chanteur, se pourrait-il que nous percevions de la tendresse, de la douceur et même, de la bienveillance?

En tout cas, je vous l'assure, lire l'interview qui suit n'est pas tout à fait comme de l'entendre de nos propres oreilles. Lorsque je réécoute la voix de ce grand auteur-compositeur-interprète sur mon magnétophone, je comprends mieux pourquoi je suis ressortie de chez lui portée par le moment de scintillements vécu à ses côtés. L'espace d'une heure où il me fut permis d'entrer dans sa maison, Yves Duteil m'a touchée. C'était au printemps. Le soleil brillait sur le petit village de Précy-sur-Marne, à l'est de Paris, village sur lequel il veille lui-même en tant que maire depuis plusieurs années. Car malgré le cynisme qui gagne le monde de nos jours, Yves Duteil est de ceux qui croient en la générosité et en l'idée de prêcher par l'exemple pour l'avenir de nos enfants.
   
Derrière les réponses qui vont suivre, je vous invite donc à imaginer la voix d'Yves Duteil, claire et limpide comme un ruisseau printanier, sereine et affectueuse comme celle du beau grand-père qu'il est devenu. Ainsi, peut-être serez-vous à votre tour touché par le doux scintillement de la bienveillance.

Prendre un enfant a été nommée plus belle chanson du siècle, lors d'un sondage réalisé en 1988. Ce n'est pas rien! Comment met-on au monde un tel joyau?
J'ai écrit cette chanson pour ma fille. L'écriture fut un élan d'amour. Or, le plus étonnant dans cette chanson, ce n'est pas l'écriture, mais bien ce qui a suivi. Ce qui a peut-être touché le public, c'est qu'il s'agit d'une chanson de tendresse de la part d'un homme à l'égard d'un enfant. Les hommes n'ont pas forcément l'habitude de s'exprimer de cette façon. La chanson a touché, parce qu'elle est totalement authentique. C'est un élan tout simple, où tout le monde s'est reconnu et l'a interprété à sa façon. C'est la chanson d'un père pour son enfant; la chanson de ceux qui n'en ont pas et qui en attendent un. C'est la chanson de ceux qui en adoptent; de ceux qui en ont perdu un. C'est aussi la chanson du baptême et ensuite, elle est devenue la chanson de la révolte contre la maltraitance des enfants. Il s'agit d'une histoire extraordinaire qui n'en finit plus de rebondir et de renaître. Certains ont du mal à la comprendre, car je pense qu'il y a chez les hommes une très grande pudeur. Montrer sa tendresse et ses sentiments de cette façon, ce n'est pas simple pour plusieurs hommes qui préfèrent afficher leur virilité. Je suis militant de la douceur assumée qui est une force intime. Ceux qui n'expriment pas ce sentiment éprouvent une grande frustration dans leur vie.

Prendre un enfant est une chanson que je protège énormément en évitant qu'elle soit récupérée par de la publicité, pour des causes, des thèmes politiques ou autres. Cela aurait pu dénaturer le propos. Si cette chanson était entrée simplement dans les palmarès, elle ne serait plus là aujourd'hui. Elle a plutôt fait son chemin dans les chorales, les églises, les cérémonies familiales et dans la vie des gens. J'ai cette impression confuse que Prendre un enfant fera partie des chansons connues, mais dont on aura oublié l'auteur un jour. Qui est l'auteur de J'ai du bon tabac, de Mon ami Pierrot ou de Meunier tu dors? Personne ne sait qui les a écrites; pourtant elles continuent à circuler dans le cur des gens.

Aujourd'hui, vous êtes grand-père. Quand vous repensez à votre vie de père, y a-t-il des choses que vous auriez voulu faire différemment?
Je pense qu'on apprend autant de ses erreurs que de ses réussites. Il est même très important de vivre des échecs ou des erreurs, parce que cela permet de les éviter par la suite. Je crois que le principe de la vie, c'est de ne pas savoir ce qui nous attend. Notre existence est parsemée de tellement d'épreuves, de douleurs, de malheurs, qu'on aurait trop peur! Nous serions trop conscients des dangers qui nous guettent; nous passerions notre temps à prendre des précautions qui nous immobiliseraient. Il vaut mieux être un peu ignorant des dangers qui nous attendent. Cela nous permet ensuite de les dépasser et de réaliser l'impossible.

Je n'ai pas de regrets. Je crois plutôt qu'on accumule une expérience irremplaçable, laquelle permet d'appréhender le présent avec beaucoup plus de calme et de recul. Ainsi, on peut donner une orientation à ceux qui viennent après. Ce qui m'émerveille dans l'existence, c'est que la vie a trouvé le moyen de vieillir en rajeunissant. Prenons l'exemple d'un arbre. L'arbre pousse tout en donnant naissance à des fruits plus jeunes que lui. Nous, nous vieillissons, tout en donnant naissance à des êtres plus jeunes. Donc, la vie se perpétue en rajeunissant sans cesse. Ce principe est l'inverse du principe d'immortalité. Si nous étions immortels, nous serions de vieux ronchons acariâtres qui connaissent tous les travers de l'humanité et qui n'ont plus qu'à s'en offusquer ou s'en révolter. L'ignorance des côtés tordus de l'humanité fait qu'on espère et que parfois, on se transforme.

Les jeunes auprès de nous sont certainement plus turbulents et moins contrôlables. Nous les comprenons mal parce que leur façon de regarder le monde n'est pas la même que la nôtre. On n'a pas fabriqué des copies ou des clones; on a fabriqué des êtres à part entière, mus par leur propre nature. J'ai écrit une chanson là-dessus : Si j'étais ton chemin. Je crois que c'est la réflexion d'aujourd'hui. Arriver à ne pas trop diriger, mais à être présent. Dans la vie, il y a des précipices et des ravins. À un moment donné, on peut mettre la main, juste pour empêcher qu'ils tombent. Cela dit, il y a peut-être aussi des moments où il faut qu'ils tombent. Sinon, le jour où il y aura un grand danger, ils vont tomber pour de bon et de façon très grave.

Accepter que se tromper fasse partie du chemin
Et pour apprendre, il faut accepter de ne pas savoir. C'est une chose très difficile. Celui qui sait tout ne peut rien apprendre; il n'y a pas la place en lui pour recevoir. À cet égard, je pense qu'on est en train de changer notre regard sur l'école. Toujours sanctionner les erreurs finit par stériliser le chemin. On se dit : « Je n'ai pas le droit de faire d'erreurs, donc je vais les camoufler. Alors à mes propres yeux, je ne me serai jamais trompé. » Je crois que ce n'est pas forcément un chemin qui permet d'apprendre.

En France, plusieurs jeunes adultes disent avoir été bercés par vos chansons durant leur enfance. Il y a eu bien sûr l'incroyable succès de Prendre un enfant et maintenant, vous voici à la tête d'une association caritative vouée aux enfants. On aurait pu croire à une succession de choix de votre part, mais je réalise que le hasard vous a toujours conduit sur cette voie.
Les choses ne viennent pas toujours comme on se dit qu'elle devrait être! C'est assez étrange de voir que les enfants viennent à moi sans que je l'aie prémédité. C'est comme ça et c'est très bien. Je suis toujours très touché de cet amour des enfants pour mes chansons. Elles n'ont pas été écrites pour eux; elles ne sont pas infantiles ou enfantines.

par Marie-Josée Tardif, journaliste et auteure

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Prendre un enfant par la main, pour lui montrer son chemin
Sécher ses larmes en étouffant de joie. Prendre un enfant dans ses bras...

Celui qui a écrit ces célèbres paroles a sûrement été touché par la Grâce en les couchant sur le papier. Ces mots nous percutent encore plus fort lorsqu'ils passent par la voix de son auteur : le grand troubadour français Yves Duteil. Quand Yves Duteil chante, quelque chose passe, mais quoi? Humblement et en toute simplicité, c'est lui-même qui nous donnera des pistes de réponses : derrière la voix du chanteur, se pourrait-il que nous percevions de la tendresse, de la douceur et même, de la bienveillance?

En tout cas, je vous l'assure, lire l'interview qui suit n'est pas tout à fait comme de l'entendre de nos propres oreilles. Lorsque je réécoute la voix de ce grand auteur-compositeur-interprète sur mon magnétophone, je comprends mieux pourquoi je suis ressortie de chez lui portée par le moment de scintillements vécu à ses côtés. L'espace d'une heure où il me fut permis d'entrer dans sa maison, Yves Duteil m'a touchée. C'était au printemps. Le soleil brillait sur le petit village de Précy-sur-Marne, à l'est de Paris, village sur lequel il veille lui-même en tant que maire depuis plusieurs années. Car malgré le cynisme qui gagne le monde de nos jours, Yves Duteil est de ceux qui croient en la générosité et en l'idée de prêcher par l'exemple pour l'avenir de nos enfants.
   
Derrière les réponses qui vont suivre, je vous invite donc à imaginer la voix d'Yves Duteil, claire et limpide comme un ruisseau printanier, sereine et affectueuse comme celle du beau grand-père qu'il est devenu. Ainsi, peut-être serez-vous à votre tour touché par le doux scintillement de la bienveillance.

Prendre un enfant a été nommée plus belle chanson du siècle, lors d'un sondage réalisé en 1988. Ce n'est pas rien! Comment met-on au monde un tel joyau?
J'ai écrit cette chanson pour ma fille. L'écriture fut un élan d'amour. Or, le plus étonnant dans cette chanson, ce n'est pas l'écriture, mais bien ce qui a suivi. Ce qui a peut-être touché le public, c'est qu'il s'agit d'une chanson de tendresse de la part d'un homme à l'égard d'un enfant. Les hommes n'ont pas forcément l'habitude de s'exprimer de cette façon. La chanson a touché, parce qu'elle est totalement authentique. C'est un élan tout simple, où tout le monde s'est reconnu et l'a interprété à sa façon. C'est la chanson d'un père pour son enfant; la chanson de ceux qui n'en ont pas et qui en attendent un. C'est la chanson de ceux qui en adoptent; de ceux qui en ont perdu un. C'est aussi la chanson du baptême et ensuite, elle est devenue la chanson de la révolte contre la maltraitance des enfants. Il s'agit d'une histoire extraordinaire qui n'en finit plus de rebondir et de renaître. Certains ont du mal à la comprendre, car je pense qu'il y a chez les hommes une très grande pudeur. Montrer sa tendresse et ses sentiments de cette façon, ce n'est pas simple pour plusieurs hommes qui préfèrent afficher leur virilité. Je suis militant de la douceur assumée qui est une force intime. Ceux qui n'expriment pas ce sentiment éprouvent une grande frustration dans leur vie.

Prendre un enfant est une chanson que je protège énormément en évitant qu'elle soit récupérée par de la publicité, pour des causes, des thèmes politiques ou autres. Cela aurait pu dénaturer le propos. Si cette chanson était entrée simplement dans les palmarès, elle ne serait plus là aujourd'hui. Elle a plutôt fait son chemin dans les chorales, les églises, les cérémonies familiales et dans la vie des gens. J'ai cette impression confuse que Prendre un enfant fera partie des chansons connues, mais dont on aura oublié l'auteur un jour. Qui est l'auteur de J'ai du bon tabac, de Mon ami Pierrot ou de Meunier tu dors? Personne ne sait qui les a écrites; pourtant elles continuent à circuler dans le cur des gens.

Aujourd'hui, vous êtes grand-père. Quand vous repensez à votre vie de père, y a-t-il des choses que vous auriez voulu faire différemment?
Je pense qu'on apprend autant de ses erreurs que de ses réussites. Il est même très important de vivre des échecs ou des erreurs, parce que cela permet de les éviter par la suite. Je crois que le principe de la vie, c'est de ne pas savoir ce qui nous attend. Notre existence est parsemée de tellement d'épreuves, de douleurs, de malheurs, qu'on aurait trop peur! Nous serions trop conscients des dangers qui nous guettent; nous passerions notre temps à prendre des précautions qui nous immobiliseraient. Il vaut mieux être un peu ignorant des dangers qui nous attendent. Cela nous permet ensuite de les dépasser et de réaliser l'impossible.

Je n'ai pas de regrets. Je crois plutôt qu'on accumule une expérience irremplaçable, laquelle permet d'appréhender le présent avec beaucoup plus de calme et de recul. Ainsi, on peut donner une orientation à ceux qui viennent après. Ce qui m'émerveille dans l'existence, c'est que la vie a trouvé le moyen de vieillir en rajeunissant. Prenons l'exemple d'un arbre. L'arbre pousse tout en donnant naissance à des fruits plus jeunes que lui. Nous, nous vieillissons, tout en donnant naissance à des êtres plus jeunes. Donc, la vie se perpétue en rajeunissant sans cesse. Ce principe est l'inverse du principe d'immortalité. Si nous étions immortels, nous serions de vieux ronchons acariâtres qui connaissent tous les travers de l'humanité et qui n'ont plus qu'à s'en offusquer ou s'en révolter. L'ignorance des côtés tordus de l'humanité fait qu'on espère et que parfois, on se transforme.

Les jeunes auprès de nous sont certainement plus turbulents et moins contrôlables. Nous les comprenons mal parce que leur façon de regarder le monde n'est pas la même que la nôtre. On n'a pas fabriqué des copies ou des clones; on a fabriqué des êtres à part entière, mus par leur propre nature. J'ai écrit une chanson là-dessus : Si j'étais ton chemin. Je crois que c'est la réflexion d'aujourd'hui. Arriver à ne pas trop diriger, mais à être présent. Dans la vie, il y a des précipices et des ravins. À un moment donné, on peut mettre la main, juste pour empêcher qu'ils tombent. Cela dit, il y a peut-être aussi des moments où il faut qu'ils tombent. Sinon, le jour où il y aura un grand danger, ils vont tomber pour de bon et de façon très grave.

Accepter que se tromper fasse partie du chemin
Et pour apprendre, il faut accepter de ne pas savoir. C'est une chose très difficile. Celui qui sait tout ne peut rien apprendre; il n'y a pas la place en lui pour recevoir. À cet égard, je pense qu'on est en train de changer notre regard sur l'école. Toujours sanctionner les erreurs finit par stériliser le chemin. On se dit : « Je n'ai pas le droit de faire d'erreurs, donc je vais les camoufler. Alors à mes propres yeux, je ne me serai jamais trompé. » Je crois que ce n'est pas forcément un chemin qui permet d'apprendre.

En France, plusieurs jeunes adultes disent avoir été bercés par vos chansons durant leur enfance. Il y a eu bien sûr l'incroyable succès de Prendre un enfant et maintenant, vous voici à la tête d'une association caritative vouée aux enfants. On aurait pu croire à une succession de choix de votre part, mais je réalise que le hasard vous a toujours conduit sur cette voie.
Les choses ne viennent pas toujours comme on se dit qu'elle devrait être! C'est assez étrange de voir que les enfants viennent à moi sans que je l'aie prémédité. C'est comme ça et c'est très bien. Je suis toujours très touché de cet amour des enfants pour mes chansons. Elles n'ont pas été écrites pour eux; elles ne sont pas infantiles ou enfantines.

par Marie-Josée Tardif, journaliste et auteure

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Auteur : Nicole Gratton

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