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Vivre en conscience : le plus grand art martial Rencontre avec Jean-Pierre Charbonneau
 Un politicien professeur de taï-chi, ça ne court pas les rues! Pendant 6 ans, l'Assemblée nationale du Québec fut présidée par un politicien cultivant l'art d'être zen. Comment Jean-Pierre Charbonneau en est-il arrivé là? En étant confronté à ses peurs instinctives.
Marie-Josée Tardif, jounaliste, auteure et conférencière
Jean-Pierre Charbonneau a eu une vie bien remplie. On le connaît aujourd'hui comme commentateur politique à l'antenne de RDI. Il a été journaliste durant ses jeunes années, mais on l'a surtout connu à titre de politicien, grâce à ses 25 années comme député et président de l'Assemblée nationale, puis comme ministre du Parti Québécois. Ce que vous savez peut-être moins, c'est qu'il est aussi professeur de taï-chi chuan. Cet art corporel qu'il a commencé à explorer il y a 20 ans lui a permis de découvrir une autre facette de l'existence humaine.
Deux mésaventures semblent avoir déclenché cette quête : une confrontation avec un gang de jeunes, à l'adolescence, puis une agression armée – rien de moins! – lorsqu'il enquêtait sur la mafia en tant que journaliste. Voici comment notre futur politicien fougueux en est venu à mieux comprendre ses instincts sur la voie de l'homme un peu plus en paix avec lui-même.
Si la peur instinctive est tout à fait normale, où se situe notre erreur?
Si l'on est doté de sens, c'est justement pour qu'ils soient utiles! S'il y a un danger, il vaut mieux le ressentir, mais il faut accepter cette sensation. Il faut accepter les sensations désagréables avec courage. Le défi consiste à rester libre et maître de son destin. Il s'agit d'apprendre à maîtriser, à gérer ses émotions d'une certaine façon pour éviter qu'elles prennent toute la place. Il faut apprendre à contrôler sa colère, il faut apprendre à maîtriser sa peur, il faut apprendre aussi à domestiquer son tempérament que l'on ne choisit pas, car il est inné. Moi, je ne suis pas particulièrement zen de nature. Quand on perd le contrôle de nos émotions, on est porté à avoir des comportements excessifs. Le système nerveux est yin et yang, parasympathique et sympathique. Autrement dit, une partie du système nerveux nous amène à réagir instinctivement, rapidement, parce qu'il faut survivre; mais, en d'autres circonstances, ces gestes sont exagérés. Il convient alors de ralentir, de respirer profondément, de réfléchir et de se demander ce qu'on fait. À ce moment-là, la lenteur devient importante.
C'est cette lenteur qui vous a attiré dans le taï-chi?
Le taï-chi, qu'est-ce que c'est? C'est d'abord un art de combat redoutable. En général, les affrontements physiques ne se font pas gentiment. Ils sont rapides, violents et souvent dévastateurs, surtout quand la vie est en jeu. Toutefois, dans l'apprentissage de cet art martial, on a compris que la lenteur et même l'immobilité apparente étaient importantes afin d'éduquer le corps et l'esprit et de raffiner le geste et les techniques. Puis, on a réalisé qu'on calmait l'esprit et détendait la musculature aussi en introduisant le contrôle de la respiration. Un guerrier qui perd le contrôle de ses émotions est dangereux pour lui et pour les autres. On dit que le plus grand art martial, c'est la méditation.
J'allais justement vous demander si, pour l'humain contemporain, le plus gros défi consiste à ralentir?
Je pense que oui. Nous vivons dans un monde de fébrilité intense, de compétitivité excessive. On valorise une productivité et une performance à outrance, au détriment de la valorisation de l'être. Il y a trop de yang et pas assez de ying. En Occident et en Orient, nous assistons en ce moment à tout un courant favorisant le rééquilibrage de nos vies par l'éveil de la conscience et le travail sur soi pour mieux croître. Ce courant reste toutefois encore assez marginal, sans compter qu'il est souvent ridiculisé par les grandes gueules de l'espace public.
Peut-être parce que nos résistances sont plus profondes qu'elles n'y paraissent?
Le problème, c'est que cela exige de la discipline, du temps et des efforts. On ne devient pas sage du jour au lendemain. On ne développe pas la maîtrise d'un art, et encore moins l'art de la sagesse, sans effort. Le travail d'introspection à travers la lecture, l'écriture, et avec quelqu'un qui nous guide, c'est le passage obligé. Et ce travail est long et pénible parfois. Il demande du courage et du temps. C'est le chemin le moins fréquenté, comme l'a écrit le célèbre psychiatre américain Scott Peck.
Version intégrale disponible dans le numéro actuellement en kiosque.
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